Atmosphère Internationale
la lettre de veille stratégique du commerce international
 Thème ECONOMIE
 Pays ALGERIE  Date juin 2015

Algérie : vers une mutation brutale du commerce extérieur

Synthèse : Victime collatérale du choc pétrolier OPEP/USA, l'économie algérienne subit actuellement de plein fouet la baisse du cours des hydrocarbures. A l'image d'autres pays dits "rentiers" qui n'ont pas engagé de véritables politiques de diversification des investissements productifs, le bilan est préoccupant : la balance commerciale de l'Algérie affiche un fort déficit et une faible dynamique export... Un virage serré que l'Etat algérien va devoir négocier à pleine vitesse !

Selon les douanes algériennes, les exportations du pays (hydrocarbures compris) ont assuré la couverture de 76% des importations durant les quatre premiers mois de 2015, ce qui représente un déficit de la balance commerciale estimé à 4,32 milliards USD... contre un excédent de 3,4 milliards USD sur la même période en 2014 ! Les craintes se confirment donc concernant l'avenir économique de l'Algérie et sa capacité de développement à court terme.

Principal cause de ce déséquilibre, les ventes d'hydrocarbures qui représentent à elles-seules plus de 93% des exportations ont vu leur montant global littéralement chuter avec le cours mondial du baril de brut... Et dans l'immédiat, aucun secteur économique n'est suffisamment performant à l'export pour ne serait-ce qu'atténuer le phénomène. D'autant que la très grande majorité des opérateurs économiques (83%) sont orientés vers l'importation : l'Algérie compte aujourd'hui 60 000 sociétés importatrices.
Dans ces conditions, le poids des exportations hors hydrocarbures (moins de 7%) est bien léger dans la balance !

Certains freins structurels à la dynamique export sont clairement identifiés :
  • Difficultés des opérateurs algériens à se placer sur les marchés étrangers
  • Absence d'un pavillon maritime national
  • Déficits en matière de moyens de transport aériens et terrestre
  • Manque d'une gestion "moderne" des stocks et des intrants
  • Seulement 20% de l'enveloppe consentie pour soutenir les exportations sont réellement consommés
Il y a également un flou autour de la modification du code des investissements : l'instabilité des textes et des dispositions relatives à l'investissement freine considérablement la volonté d'entreprendre, de produire ou d'investir de la part des acteurs locaux et étrangers. Et le climat d'affaires est directement impacté par l'attentisme des décideurs politiques, qui laissent ainsi spéculer sur la collusion entre les intérêts politiques et économiques.

Les exportateurs algériens revendiquent un soutien clair et massif de la part du gouvernement (cf. Atmosphère Internationale d'avril 2015), et commencent à trouver des oreilles attentives chez les officiels qui se succèdent aux créneaux pour promouvoir le "produit national".

Parmi les mesures envisagées, il est question de limiter les importations sur la base d'un contingentement, c'est à dire un système de quotas géré avec des licences d'importation : un texte de loi serait actuellement en préparation...
A l'image de la Banque Extérieure d'Algérie (BEA) qui a pris 10 mesures pour sécuriser les opérations de commerce extérieur, les banques publiques, sentant le vent tourner, commencent à fermer les vannes du crédit pour les opérateurs import.
Avis de l'expert : L'instabilité du cadre juridique et réglementaire, à l'image du code des investissements, et l'absence d'une stratégie économique claire et cohérente entretiennent un climat d'incertitude qui dissuade fortement tout investissement productif local ou étranger.

Aujourd'hui, le gouvernement algérien ne semble pas avoir d'autres choix que de donner des signaux forts en faveur de l'industrie nationale. Mais l'édification d'une infrastructure industrielle moderne et performante requiert avant tout la présence d'un Etat solide, qui affiche clairement ses objectifs en matière de soutien aux producteurs et aux investissements productifs...

Un projet de décret visant la dissociation des activités d'importation / revente en l'état, de celles d'exportation est actuellement à l'étude : dans le registre du commerce algérien, celles-ci sont aujourd'hui libellées sous la dénomination unique "activités import-export". Ainsi, le secteur relatif au commerce extérieur (import-export) pourrait être prochainement scindé en deux pour permettre cette distinction. Une étape réglementaire qui permettra évidemment d'orienter plus facilement les investissements et aides publiques vers le développement des activités export.

Les projets de partenariat public-privé entre l'Etat algérien et des entreprises leader étrangères, sont sans doute également une des clés de la relance économique du pays : à ce titre, les investissements dans le domaine de la formation et de l'apprentissage, adossés au savoir-faire industriel d'un grand groupe automobile peuvent apparaître prometteuses (cf. Atmosphère Internationale de mai 2015).

Concernant les possibles mesures de contingentement des importations, le Ministère du commerce algérien se veut rassurant à l'égard des exportateurs présents, ou désirant se développer sur le marché algérien : pas question, a priori, d'établir une black-list des indésirables, c'est à dire des entreprises étrangères jugées trop "concurrentielles" pour l'industrie algérienne sur son propre marché...
De fait, une décision arbitraire de cette nature positionnerait très probablement l'Algérie hors du cadre réglementaire de l'OMC, organisation que le pays espère intégrer en temps que membre à part entière à l'horizon 2016 ou 2017.

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Imprimer  M. FOURCADE
Source(s) : www.elwatan.dz (mai 2015)
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