7 mai, 2026

RSE : la Chine fixe désormais le tempo mondial et les marchés s’en ressentent

Pendant qu’Omnibus 1 exemptait 80 % des entreprises européennes de la CSRD, les bourses chinoises rendaient le reporting de durabilité obligatoire pour leurs grands émetteurs. Avec une première échéance fixée au 30 avril 2026.

Nous posions récemment une question simple : sortir du périmètre CSRD signifie-t-il sortir des exigences du marché ? La réponse était non. Aujourd’hui, la même logique s’étend à l’échelle internationale et le constat est plus saisissant encore.

En avril 2024, les trois principales bourses chinoises, Shanghai, Shenzhen et Pékin ont publié des lignes directrices imposant un reporting de durabilité structuré à leurs grands émetteurs. Le dispositif a depuis acquis une force réglementaire : les premières publications obligatoires, portant sur les données 2025, étaient attendues avant le 30 avril 2026. Avant même cette échéance, à fin juin 2025, près de 2 500 sociétés cotées chinoises avaient déjà publié un rapport de durabilité, soit un taux de publication autour de 46 %.

Ce qui est remarquable n’est pas seulement le rythme d’adoption. C’est le cadre conceptuel retenu. La Chine n’a pas opté pour une approche minimaliste centrée sur le seul risque financier. Elle a adopté le principe de double matérialité, le même que celui qui structure la CSRD européenne : les entreprises doivent identifier à la fois les enjeux susceptibles d’affecter leur performance financière, et les impacts significatifs de leurs activités sur l’économie, l’environnement et la société. Les CSDS, les standards de durabilité chinois (Chinese Sustainability Disclosure Standards), vont même plus loin que ceux adoptés par Singapour ou Hong Kong, qui s’en tiennent à la matérialité financière de l’ISSB (le référentiel international de l’International Sustainability Standards Board). La Chine, elle, a choisi l’alignement sur les deux dimensions.

Quand la RSE devient un avantage concurrentiel documenté

Pour un dirigeant français, ce signal mérite attention. Non pas parce que la réglementation chinoise le concerne directement, mais parce qu’il révèle une tendance structurelle : le reporting de durabilité est en train de devenir un standard de marché mondial, au même titre que les normes comptables internationales l’ont été en leur temps.

Plusieurs implications concrètes se dessinent. Les investisseurs mondiaux appliquent des grilles d’analyse ESG (environnement, social, gouvernance) de plus en plus cohérentes, qu’ils soient à Hong Kong, Francfort ou New York. Les donneurs d’ordre internationaux standardisent leurs évaluations fournisseurs autour de ces référentiels et les chaînes d’approvisionnement qui passent par la Chine verront cette exigence remonter naturellement. Plus encore, les entreprises chinoises qui publient des données ESG structurées gagnent en lisibilité sur les marchés européens, où les lois sur le devoir de vigilance dans la chaîne d’approvisionnement créent précisément le besoin de cette traçabilité.

L’entreprise française qui n’a rien structuré ne fait pas face à un vide réglementaire confortable. Elle fait face à un écart de lisibilité croissant avec des compétiteurs qui, eux, documentent leurs impacts et leurs risques. Cet écart se traduit en appels d’offres moins bien positionnés, en financements plus coûteux, en partenariats qui tardent à se nouer.

La convergence mondiale vers des standards ESG comparables est en cours. Elle ne progresse pas au rythme des débats réglementaires européens. Elle progresse au rythme des marchés.

Votre démarche RSE est-elle suffisamment structurée pour être lisible par un partenaire ou un investisseur international ?

Ce qu’ACTE recommande

  • Cartographier vos parties prenantes internationales : clients, fournisseurs, financeurs et identifier celles qui publient déjà des données ESG
  • Évaluer votre exposition aux marchés où le reporting de durabilité devient un critère de sélection fournisseur
  • Structurer a minima votre approche de double matérialité : quels enjeux RSE affectent votre performance ? Quels impacts votre activité génère-t-elle ?
  • Utiliser le standard VSME comme socle de formalisation accessible avant d’envisager un alignement avec les référentiels internationaux

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Source :
  • Bourses de Shanghai, Shenzhen et Pékin, « Guidelines » reporting de durabilité, avril 2024
  • Alina Quach, Échanges Internationaux / ICC France, « La double matérialité en Chine », 2025
  • Green Central Banking, « China’s ISSB-aligned reporting rules ‘go beyond many global standards' », janvier 2026
  • KSAPA, « Chinese Sustainability Disclosure Standards vs. CSRD and ISSB », 2024
Rédacteur : Johanna Bantman