Fashion Pact : le secteur de la mode à l'heure de l'urgence environnementale

Atmosphère Internationale

November 2019

Fashion Pact

A l'occasion du dernier G7, 30 entreprises prestigieuses de la mode, de l'habillement et du prêt-à-porter, représentant 150 marques et 30% du CA du secteur, s'étaient engagées à mener des actions concrètes en faveur de la planète, de la biodiversité, des océans et du climat, en signant le Fashion Pact. Elles viennent d'être rejointes par 24 autres entreprises, acteurs influents de la mode et de la distribution.

Thème :

RSE internationale & prévention de la corruption

Pays :

MONDE

Les premiers signataires de ce "Pacte de la Mode" : les géants du luxe comme Kering, Chanel et Hermès, les marques de Sport (Nike, Adidas), certains leaders de la "fast fashion" (H&M & Inditex) et de la grande distribution comme Carrefour, ont été rejoints par 24 nouveaux acteurs, à l'occasion de la première réunion des signataires du Fashion Pact, ce 24 octobre 2019.

Parmi eux Célio, Décathlon, El Corte Inglès, Mango, Etam, le Groupe Beaumanoir et Auchan Retail.

Les objectifs présentés sont très ambitieux et s'appuient sur 3 niveaux d'action :

  • Des engagements globaux, reconnus par la communauté internationale, en faveur du climat, de la biodiversité et des océans;
  • Des initiatives concrètes conjointes nécessitant une coopération transversale entre les différentes parties prenantes du secteur de la mode;
  • Des accélérateurs ou actions qui recoupent de façon transversale les engagements, et créent un environnement favorable pour atteindre les objectifs.

Néanmoins, chaque entreprise signataire pourra avoir sa propre stratégie et son plan d'actions pour atteindre les objectifs du Fashion Pact :

  • Atteindre le zéro émission nette de CO2 en 2050 ;
  • Atteindre 100% d'énergies renouvelables dans toute la chaîne d'approvisionnement d'ici 2030 ;
  • Supprimer les plastiques à usage unique d'ici 2030 ;
  • Soutenir la recherche et l'innovation pour limiter la pollution aux micro-fibres ;
  • Adopter des standards en faveur du bien-être animal ;
  • Soutenir une agriculture régénérative et non-intensive.

Un programme d'actions que certaines ONG écologistes accueillent avec méfiance... Et pour cause : le secteur de la mode et de l'habillement est actuellement responsable de 20% des rejets d'eaux usées,10% des émissions de carbone, 22,5% d'usage des pesticides et 20% de la pollution de l'eau dans le monde !

Une pollution qui pourrait augmenter de 60% d'ici 2030 s'il n'y a pas de changement profond des pratiques.

Par ailleurs, ce même secteur continue à produire des matières animales comme le cachemire et le cuir, sur base d'un élevage intensif, très consommateur d'eau et très polluant par l'utilisation des teintures et divers traitements. 

Ce "Fashion Pact" qui, pour certains, manque encore d'ambition et de courage, marque néanmoins un signe fort de la prise de conscience par les dirigeants des grandes entreprises de la mode, que développement durable et profits économiques ne sont pas opposés, et que seule la mobilisation de tous les acteurs autour d'objectifs communs pourra influer positivement sur la situation actuelle. 

Les entreprises signataires et leurs 250 marques annoncent la publication du compte-rendu de leurs travaux pour septembre 2020. 

Avis de l'expert :

Cette nouvelle initiative du monde de l'entreprise vient s'inscrire dans la lignée d'autres actions récemment menées à travers le monde (cf. RSE internationale : grandes entreprises et développement durable... vers un mariage de raison ?).

La Fashion Week de Milan en septembre avait annoncé également la couleur verte en se plaçant sous le signe du développement durable, avec des marques qui se veulent de plus en plus écoresponsables, en travaillant sur de nouvelles matières moins impactantes pour l'environnement naturel et humain et sur l'analyse du cycle de vie de leurs produits, ou en étudiant des solutions d'économie circulaire

Mais dans le même temps, l'ADEME (Agence française de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) nous rappelle que la mode émet chaque année 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre, soit davantage que les vols internationaux et le trafic maritime réunis !

Finalement, les marques de luxe qui montrent la voie de cette ambitieuse initiative sont elles les plus concernées ? 

  • Elles produisent les articles les plus durables :
    • ils coûtent chers, ils sont peu jetés et beaucoup revendus en occasion;
    • ils sont fabriqués sur des chaînes de production autant en France qu'à l'étranger et donc leur impact environnemental est souvent moindre que les autres secteurs de la mode, plus globalisés.
  • Elles continuent de former de la main d'oeuvre technique en France et contribuent fortement à la survie d'un savoir-faire irremplaçable.
  • Elles ont les moyens d'acheter des matières à faible teneur en substances chimiques.

Les observateurs l'ont bien compris : les résultats du Fashion Pact seront d'autant plus importants que les marques de masse, leaders de la "fast fashion" qui rejoignent peu à peu l'initiative, s'y engageront activement.

Iront-elles jusqu'à remettre en question le paradigme actuel sur lequel est basé leur modèle industriel (grande variété de modèles, petits lots, prix très bas, durée de vie sur le marché très courte... et impacts sociaux et environnementaux lourds), alors que cela pourrait laisser plusieurs d'entre elles "sur le carreau" ?

Le consommateur a bien sûr un rôle primordial à jouer dans ce changement de modèle : est-il prêt à modifier ses habitudes et à réapprendre la juste valeur des choses ?

Il achète en ligne, ne fait plus l'effort de se déplacer dans un magasin, se déconnecte du besoin pour se coller à son désir, n'a aucune notion de lieu et temps de fabrication, ne communique qu'avec une plateforme de distribution (parfois plus attiré par la rapidité de la livraison que la marque ou la qualité du produit), peut renvoyer et se faire rembourser tout ce qu'il ne veut pas garder, et paye à l'aide d'un compte pré-enregistré en ligne... Même si 20% des consommateurs déclarent avoir acheté un produit de mode responsable en 2018, on est encore loin du consomm'acteur engagé sensible aux engagements du Fashion Pact !

Alors attention aux effets d'annonces dans des cadres prestigieux qui, si elles n'étaient pas suivies d'actions concrètes et rapides, voire d'une révolution sectorielle, seraient totalement contre-productives face à l'urgence environnementale et sociétale !


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