Risque éthique : le Bangladesh toujours dans le rouge

Atmosphère Internationale

janvier 2019

Bangladesh RSE sourcing

La récente augmentation de certaines tranches de salaires pour les ouvriers du secteur textile-habillement au Bangladesh a limité la casse. Mais le gouvernement et les syndicats patronaux s'opposent toujours à certains droits fondamentaux des travailleurs... Alors que Bruxelles menace de rétablir les droits de douane, les donneurs d'ordre internationaux doivent rester vigilants face aux risques éthiques et sociaux dans ce pays de sourcing à très bas coût.

Thème :

RSE Internationale

Pays :

BANGLADESH

La campagne électorale controversée qui a abouti le 30 décembre 2018 à la ré-élection de la Première Ministre sortante, avait quelque peu occulté les revendications salariales non satisfaites des employés du secteur du prêt à porter (cf. Sourcing Bangladesh : un secteur textile dynamique mais encore fragile...).

Pourtant, en septembre dernier, les ouvriers du secteur de la confection obtenaient enfin une revalorisation du salaire minimum brut, passant de 5 300 à 8 000 Takas/mois (environ 84 EUR/mois) pour le Grade 7, niveau salarial le plus bas (cf. Bangladesh : hausse du salaire minimum dans l'industrie textile - habillement).

Cette avancée non négligeable était le résultat d'une forte mobilisation des syndicats locaux et des ouvriers, mais également de la pression de la communauté internationale et notamment des grands donneurs d'ordres opérant au Bangladesh, qui s'étaient exprimés en faveur des ouvriers du textile.

Mais la déception des travailleurs restait immense, car ceux-ci revendiquaient depuis des mois un salaire minimum décent à 16 000 Takas/mois.

Depuis début janvier 2019, des rassemblements de grande ampleur se sont succédés, échappant à la maîtrise des syndicats les plus influents et contraignant certaines usines à fermer.

Les ouvriers réclamaient une valorisation des six autres niveaux de revenus dont la réévaluation était jugée insuffisante par rapport à l'inflation qui touche notamment le coût du logement.

Le gouvernement du Bangladesh a finalement revu sa copie en début de semaine, appliquant de nouvelles hausses du salaire brut mensuel minimum selon le grade :

bangladesh-salaire-minimum-2019

Depuis cette annonce, les industriels représentés par le puissant syndicat patronal BGMEA exhortent les grévistes à reprendre le travail sous peine de représailles, et les syndicats du secteur textile tentent d'apaiser les ouvriers contestataires.

Mais cette mesure suffira-t-elle à satisfaire les exigences de ces millions d'ouvriers qui, malgré les dernières augmentations de salaires, restent toujours parmi les moins bien payés au monde ?

Avis de l'expert : 

Le Bangladesh revient sur la scène des conflits sociaux en ce début d'année 2019, avec ces manifestations violemment réprimées par les autorités sur la voie publique, et par certains industriels du secteur au sein de leurs propres usines...

La nouveauté, c'est que les ouvriers manifestants n'ont pas suivi les directives de leurs représentants syndicaux, marquant ainsi leur défiance envers ceux qu'ils estiment trop proches du BGMEA.

Outre la faiblesse de leur organisation et de leur leadership, le nombre de représentants syndicaux actifs dans les 4500 usines du secteur textile-habillement a fortement diminué au Bangladesh. Et pour cause, les managers des usines s'opposent toujours à la formation de syndicats, et recourent au harcèlement et à la discrimination des représentants, étouffant toute possibilité de dialogue social... Au mépris de la réglementation locale, des exigences des conventions internationales de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) et des codes de conduite de leurs donneurs d'ordres internationaux !

Le Bangladesh et particulièrement son secteur du prêt-à-porter ont pourtant beaucoup à perdre à ne pas suivre les recommandations de l'OIT sur l'amélioration de la liberté d'association et de la négociation collective : l'Union européenne a déjà annoncé que le pays pourrait perdre le bénéfice du régime SPG "Tout sauf les Armes" à l'instar du Cambodge (cf. UE / Cambodge : vers une exclusion du régime SPG "Tout sauf les armes" ?).

Le pays reste par ailleurs sous surveillance de la communauté internationale sur le sujet de l'amélioration de la santé et sécurité au travail.

Alors que le programme de l'Alliance a officiellement pris fin, les participants à l'Accord de transition, principalement des grandes marques européennes de la distribution, soutenues par leurs gouvernements respectifs, continuent à faire pression sur le gouvernement et le BGMEA pour poursuivre le programme de remédiation en place... en attendant que la RCC (Cellule de Coordination des Remédiations) soit vraiment opérationnelle et fiable.

Plus que jamais, le Bangladesh est à la croisée des chemins de son histoire politique, économique et sociale.

Soyez vigilants et exigeants lorsque vous abordez les valeurs éthiques, le respect des droits de l'homme, les conditions de santé et sécurité, la prévention de la corruption, avec vos interlocuteurs locaux.

Mais soyez également conscients que toute amélioration du système de management et de l'environnement de travail dans une usine induit un coût et n'est possible que si vous établissez un partenariat avec votre fournisseur ou sous-traitant sur un principe d'amélioration continue... en veillant bien entendu  à ce que vos exigences commerciales (prix, délais de livraison,etc.) ne soient pas contradictoires avec ces objectifs !

Pour aller plus loin...

ACTE International, spécialiste en Global Supply Chain Management et cabinet d'audit international et d'expertise-conseil en RSE réalise votre cartographie des risques et vous accompagne dans le déploiement de votre plan de vigilance et politique éthique en Asie, Afrique, Europe et Amériques.

Rédacteur(s) : S. THONNERIEUX

Source(s) : www.thedailystar.net | www.dhakatribune.com

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