Asie du Sud-Est : la robotisation accroît le risque d'esclavage moderne

Atmosphère Internationale

août 2018

ASEAN risque éthique RSE

L'automatisation révolutionne les processus de fabrication classiques et abaisse les coûts de production. Pourtant les conséquences sociales et humaines peuvent être désastreuses...

Thème :

RSE internationale

Pays :

Asie (ASEAN - ANASE)

Selon les estimations de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), plus de la moitié des travailleurs vont perdre leur emploi en raison de l'automatisation des chaînes de fabrication d'ici 2040 dans 5 pays d'Asie : Cambodge, Indonésie, Thaïlande, Philippines et Vietnam .

Les travailleurs vulnérables ne disposant ni de la capacité à s'adapter, ni d’une protection sociale efficace seront davantage mis en concurrence pour des emplois peu qualifiés, mal payés et de moins en moins nombreux.

D'après la récente étude d'un cabinet d’analyses britannique spécialisé dans les droits de l'homme*, il y a trois catégories de risques qui affectent les travailleurs aujourd'hui :

  • risque pays : inhérent à la gouvernance
  • risque sectoriel : lié au secteur d'activité
  • risque catégoriel : selon la catégorie de population

Ces 5 pays membres de l'ANASE** seront les plus impactés par la robotisation : 250 000 robots industriels vont inonder le marché l’an prochain, selon la Fédération internationale de la robotique.

Au Vietnam, 67% des travailleurs (36 millions de personnes) vont rechercher des moyens de subsistance alternatifs dans un environnement où le risque d'exploitation humaine est déjà élevé.

Sans les efforts et la mobilisation des états pour aider les générations futures à travailler aux côtés des machines, les travailleurs dans ces pays ne pourront pas bénéficier d'un niveau de vie décent.

L'industrie du textile - habillement, traditionnellement forte consommatrice de main d'oeuvre, est le secteur d'activité le plus exposé au risque de déclassement des ouvriers dans cette zone. Cette filière industrielle emploie à elle-seule 59% de l'ensemble des travailleurs de l'industrie manufacturière au Cambodge !

Les femmes sont en première ligne car elles occupent majoritairement les emplois peu qualifiés : elles représentent plus de 76% des emplois classés en risque élevé d'esclavage moderne au Vietnam et au Cambodge...

Cela signifie que plus de 3 millions de femmes vietnamiennes et cambodgiennes risquent de perdre leur emploi, et devront se battre pour obtenir du travail dans une industrie déjà exposée à un risque élevé de violations du droit du travail dans l'ensemble de l'ASEAN.

* Verisk Maplecroft : "Human Rights Outlook 2018"

** ASEAN  : Association of Southeast Asian Nations (Association des Nations d'Asie du Sud-Est - ANASE)

Avis de l'expert : 

Il apparait clairement dans le rapport que la robotisation des industries manufacturières, par son impact massif sur l'emploi, pourrait avoir des conséquences graves sur le niveau de revenu des populations les plus fragiles (ouvriers non qualifiés, femmes,...), et plus largement sur l'équilibre social en Asie du Sud-Est.

Le retour sur le marché de l'emploi de millions de travailleurs est susceptible de générer un effet d'aubaine pour les employeurs, tout particulièrement ceux qui pratiquent l'esclavage moderne (cf. Atmosphère Internationale de juin 2016).

Cette situation préoccupante qui fait peser un risque éthique accru aux donneurs d'ordre occidentaux, aura certainement un impact négatif sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) tels que

  • ODD5 : parvenir à l'égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ;
  • ODD8 : promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous ;
  • ODD10 : réduire les inégalités dans les pays et d'un pays à l'autre.

Selon les principes directeurs des Nations Unis "Protéger, Respecter et Réparer", c'est le rôle primordial des Etats de mettre en place les mesures concrètes pour soutenir les conditions d'un travail décent pour les travailleurs.

Mais avec la globalisation, les entreprises sont devenues des acteurs économiques et géopolitiques puissants : leur devoir ne se limite pas au respect des lois nationales, mais leur impose, dans leur sphère d'influence, d'avoir un impact positif et de co-construire leur business model avec leur parties prenantes.

La loi française sur le Devoir de Vigilance (cf. Atmosphère Internationale de mars 2017) engage les entreprises à exercer leur "diligence raisonnable" (due diligence) en établissant une cartographie des risques sociaux, éthiques et environnementaux dans leur supply chain internationale.

Au niveau mondial, comme par exemple en Angleterre avec le UK Slavery Act (cf. Atmosphère Internationale de septembre 2015), d'autres lois imposent aux entreprises la prise en compte des risques d'esclavage moderne dans leur chaine d'approvisionnement

Même si la robotisation est une tendance inévitable dans les supply chains internationales, les entreprises devraient désormais l'intégrer comme un facteur de risque dans leur cartographie RSE.

 

Pour aller plus loin...

ACTE International, spécialiste en Global Supply Chain Management et cabinet d'audit international et d'expertise-conseil en RSE réalise votre cartographie des risques et vous accompagne dans le déploiement de votre plan de vigilance et politique éthique en Asie, Afrique, Europe et Amériques.

 Rédacteur(s) : I. ALTENBEREND | S. THONNERIEUX

Source(s) : www.maplecroft.com | www.novethic.fr

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