Fret aérien : le Maroc prend du retard sur ses voisins africains !

Atmosphère Internationale

mars 2018

Transport aérien Afrique / Maroc

Selon l’Association International du Transport Aérien (IATA), la demande mondiale de fret aérien a augmenté de 9% en 2017 : une croissance exceptionnelle tirée notamment par l’Afrique. Comme en atteste le récent engagement « Open Sky Africain » pris par 23 Etats membres* de l’Union Africaine, le continent compte bien surfer sur cette dynamique. Si certaines compagnies nationales se positionnent déjà en leader sur ce marché en pleine expansion, d’autres comme la Royal Air Maroc, devront batailler ferme pour se faire une place…

Thème :

Transport international

Pays :

AFRIQUE / MAROC

Presque 20 ans après, le Marché Unique du Transport Aérien Africain (MUTAA) est remis à l’ordre du jour (cf. ACTualité de février 2018).

Destiné à booster les échanges intercontinentaux par voie aérienne, il permettra :

  • aux compagnies aériennes de desservir des destinations africaines à partir d’aéroports autres que leurs hubs
  • de renforcer la concurrence entre les itinéraires entrainant des tarifs plus compétitifs
  • de favoriser le commerce intra africain en stimulant un volume de fret supplémentaire

Aujourd’hui pays leader avec sa compagnie nationale Ethiopian Airlines, l’Ethiopie s’accapare presque 45% du trafic aérien sur le continent. Son imposante flotte composée de 94 avions, dont 8 réservés à l’activité cargo, comptera bientôt 61 appareils supplémentaires dont 6 dédiés au fret. Fruit de nombreux accords bilatéraux de libéralisation des flux avec les acteurs africains, Ethiopian Airlines est aujourd’hui l’une des compagnies les plus rentables du continent.

Quid du Maroc ?

Classé au 7ème rang des pays africains assurant le plus de fret aérien, le Maroc avec ses 1,62% de part de marché est encore bien loin derrière l’Afrique du Sud (23%) ou même l’Egypte (11%).

Un retard qui s’explique par :

  • le faible nombre d’appareils qui compose la flotte de la Royal Air Maroc (RAM) : 55 avions, dont seulement 1 dédié à l’activité cargo. Un deuxième avion est actuellement en cours de conversion passagers > fret à Singapour.
  • des infrastructures aéroportuaires inadaptées aux volumes espérés : seul l’aéroport international de Casablanca permet de recevoir correctement du fret aérien (90% du volume fret aérien national)
  • une très récente réintégration du Royaume au sein de l’Union Africaine, ralentissant la conclusion de partenariats africains.

*  Liste des 23 Etats membres de l’Union Africaine au 30/03/2018 : Bénin, Burkina Faso, Botswana, Cap-Vert, République du Congo, Côte d’Ivoire, Egypte, Ethiopie, Gabon, Ghana, Guinée Conakry, Kenya, Liberia, Mali, Mozambique, Nigéria, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Afrique du Sud, Swaziland, Togo et Zimbabwe.

Avis de l'expert : 

Si l’Office National Des Aéroports du Maroc (ONDA) prévoit une hausse de 10% du trafic de fret aérien sur l’année 2018, cette annonce encourageante masque un rendement anormalement bas pour un pays qui ambitionne de devenir la porte d’entrée logistique du continent, avec un objectif de 100.000 tonnes de fret aérien à l’horizon 2020 (182.000 à l’horizon 2035).

Si la façade maritime marocaine se développe à l’international en bénéficiant d’importants investissements dans ses infrastructures logistiques (cf. Atmosphère Internationale de mai 2015), le commerce transfrontalier ne représente lui qu’un faible potentiel.

Dans cette configuration le Maroc a besoin, pour être compétitif, de recourir au transport aérien pour augmenter ses échanges commerciaux avec les autres Etats du continent.

Cependant, même s’il est presque certain qu’à terme le Maroc intégrera le MUTAA, pour l’instant le risque d’exposer sa compagnie nationale à la concurrence des grosses « cylindrées » semble encore représenter un frein… D’autant plus que le marché régional compte pour 1/3 des activités de la RAM et qu’elle assure tout de même 35% du fret au départ du Maroc.

Pour monter en puissance, la Royal Air Maroc devra doubler sa flotte ou nouer un partenariat avec une compagnie africaine positionnée sur le segment intra-africain, la compagnie marocaine conservant les connexions avec l’Europe et l’Amérique à partir de Casablanca.

Quant au transport de passagers, la récente adoption (octobre 2017) par le Parlement européen de l'accord euro-méditerranéen relatif aux services aériens avec le Maroc est une bouffée d’oxygène pour le secteur : en supprimant les restrictions en matière de capacité, nationalité, fréquences ou routes,  l’accord vise à ouvrir de nouvelles perspectives de développement pour les compagnies marocaines et européennes.

Reste à espérer que la nouvelle charte sur l’investissement prévue pour 2018 n’oublie pas ce secteur stratégique que représente le transport aérien, dont le plan de développement couvrant la période 2016-2020 n’a toujours pas été mis en œuvre.

Pour aller plus loin...

ACTE International est un cabinet d’expertise stratégique, d’audit et de formation en global supply chain management.

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