ALE Maroc / Turquie : retour des droits de douane sur le textile turc

Atmosphère Internationale

janvier 2018

Accord Maroc Turquie

Depuis un an, le déséquilibre de la balance commerciale du Maroc s’est aggravé dans le cadre des échanges commerciaux avec la Turquie. Alors que l’Accord de Libre Echange (ALE) Maroc / Turquie devait profiter équitablement aux deux partenaires, il est désormais clairement établi qu’il n’en est rien… tout particulièrement pour la filière textile – habillement marocaine ! Face à ce constat sans appel, les autorités marocaines ont rétabli unilatéralement des droits d’importation sur certains produits turcs.

Thème :

Commerce international

Pays :

MAROC / TURQUIE

Entré en vigueur le 1er janvier 2006, l’ALE entre le Maroc et la Turquie a atteint fin 2016 sa phase finale de démantèlement des barrières tarifaires à l’importation (cf. Atmosphère Internationale de janvier 2017).

Après seulement 12 mois de libéralisation totale des échanges entre les deux pays (à l’exception de quelques produits alimentaires), le Maroc constate que son économie est fortement impactée par une augmentation massive des importations de produits d’origine Turquie, tandis que ses propres exportations ne décollent pas…

Parmi les secteurs qui ont le plus durement subi la concurrence turque, l’industrie textile – habillement marocaine semble particulièrement souffrir : une hausse de 175% des importations de produits textiles d'origine Turquie au Maroc a été constatée entre 2013 et 2017.

Les opérateurs marocains dénoncent depuis longtemps le « dumping » exercé par les industriels turcs avec des prix sous-évalués grâce à des opérations subventionnées par le gouvernement (investissement, exportation et distribution), ou encore un accès restreint au marché turc en raison de barrières administratives et procédurières à leur encontre.

Fin 2017 le gouvernement a actionné les mesures d’ajustement transitoires visées à l’article 17 de l’Accord de libre-échange entre le Maroc et la Turquie sur certains produits de textiles et d’habillement.

Il rétablit ainsi le droit d’importation à hauteur de 90% du taux fixé dans le cadre du droit commun, sur les produits figurant dans la liste publiée par le Ministre de l'industrie*.

En pratique, ces mesures impliquent :

  • Une augmentation de 25% de droits de douane sur les vêtements et 10% pour les tissus d’ameublement
  • Un renforcement des contrôles de conformité

* Liste des produits ciblés par les droits à l'importation à disposition de nos abonnés sur simple demande.

Avis de l'expert : 

Il était temps ! Longtemps asphyxié par la concurrence turque, les textiliens marocains vont pouvoir un peu respirer. La mesure n’est pas définitive – durée de 12 mois renouvelable - mais devrait permettre à court terme :

  • aux industriels marocains de se réapproprier des parts du marché national (estimé à environ 4,5 milliards EUR).
  • au Comité mixte, organe de gestion de l’accord réunissant les autorités marocaines et turques, de retourner à la table des négociations (la dernière réunion date de 2009).
  • aux autorités marocaines d’être cohérentes dans leurs actions de promotion de certains secteurs industriels stratégiques (l’industrie textile est le premier employeur industriel du Royaume).

Le développement du Plan d’Accélération Industriel (2014-2020), la création d’écosystèmes textile et habillement (Fast-Fashion, du Denim et des Distributeurs etc.), l’investissement de quelques 70 millions EUR et la création à terme de 100 000 emplois a désormais un sens.

D’autant que le Maroc a une carte à jouer grâce à ses ALE avec l’Union européenne et les Etats-Unis. Car la Turquie actuellement en froid avec ces deux grandes puissances économiques et politiques a de plus en plus de mal à y exporter ses produits.

Attirer des investissements / industriels turcs en leur offrant un accès privilégié aux principaux marchés occidentaux en exonération de droits de douane (transformation pour origine Maroc - made in Morocco) permettrait à la fois de créer de l’emploi et de booster les exportations marocaines, tout en s’assurant une position diplomatique saine avec la Turquie.

Si le bras de fer s’annonce tendu (les deux parties étant déjà aux prises devant l’organe de règlement des différends de l’OMC au sujet des droits antidumping marocains sur les importations d’aciers laminés à chaud), reste que cette mesure démontre la volonté du Royaume de protéger ses intérêts nationaux.

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Source(s) : lematin.ma | medias24.com

Rédacteur(s) : M. FOURCADE (ACTE Maroc)

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