21 mai, 2026

RSE et chaîne de valeur : la pression monte et ne va pas redescendre

Les demandes RSE se multiplient sur l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur. Pour les fournisseurs et sous-traitants, ce qui ressemblait encore à une contrainte périphérique devient une réalité opérationnelle avec des conséquences directes sur les relations commerciales.

Il y a encore deux ou trois ans, répondre à un questionnaire RSE restait l’exception. Aujourd’hui, ce sont des dizaines de milliers d’entreprises (petits industriels, prestataires de services, transporteurs, façonniers…) qui reçoivent des demandes de bilans carbone, de notations EcoVadis, ou de formulaires aux intitulés tous différents. La plateforme EcoVadis comptabilise désormais plus de 150 000 fournisseurs évalués dans 185 pays. Derrière ce chiffre : une réalité concrète, celle d’entreprises de 20, 50 ou 150 personnes qui doivent mobiliser du temps, des compétences et parfois des budgets qu’elles n’ont pas prévus pour satisfaire des donneurs d’ordre de plus en plus exigeants.

Ce mouvement ne vient pas de nulle part. La directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), dont le périmètre a été recentré début 2026 sur les entreprises de plus de 1 000 collaborateurs et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires, oblige ces grands groupes à publier un rapport de durabilité formalisé et à tracer leurs impacts sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. Or, les émissions générées en amont, chez les fournisseurs, les sous-traitants, les prestataires logistiques, représentent souvent la part la plus large de leur empreinte totale. Ignorer ses fournisseurs, c’est ignorer l’essentiel de son impact. Impossible dans ce contexte de se contenter de données internes.

Des demandes qui vont bien au-delà du questionnaire RSE

La pression prend désormais des formes plus précises, et plus techniques. Dans le secteur automobile, mais aussi dans l’agroalimentaire, la chimie ou l’électronique, les donneurs d’ordre commencent à exiger des empreintes carbone par produit et non plus seulement à l’échelle de l’entreprise. L’objectif est de disposer de données fiables pour calculer l’impact réel de leurs produits finis, composant par composant. Pour un équipementier ou un prestataire, cela suppose une montée en compétences méthodologiques significative : identifier les facteurs d’émission pertinents, structurer la collecte de données, justifier les hypothèses retenues.

Surtout, les référentiels demandés varient d’un client à l’autre. Un même fournisseur peut se retrouver à répondre simultanément à une évaluation EcoVadis, à un questionnaire interne de son donneur d’ordre principal, et à un bilan carbone exigé par un second client. Chaque outil a sa logique, ses indicateurs, ses délais. La charge administrative s’accumule, sans cohérence d’ensemble.

Dans les faits, 90 % des entreprises qui ne sont plus dans le périmètre obligatoire de la CSRD après le recalibrage réglementaire de 2026 continuent de maintenir leurs démarches RSE, précisément parce que leurs clients les y contraignent. La réglementation a beau évoluer, la pression commerciale, elle, ne se réglemente pas.

Vos données RSE sont-elles suffisamment structurées pour répondre à ces demandes sans y consacrer des semaines de travail à chaque fois ?

Ce qu’ACTE International recommande

  • Recenser toutes les demandes reçues : EcoVadis, bilans carbone, questionnaires clients, référentiels sectoriels pour avoir une vision consolidée de ce qui est attendu de votre entreprise.
  • Prioriser selon l’enjeu commercial : certaines demandes conditionnent un renouvellement de contrat ou l’accès à de nouveaux marchés, d’autres sont moins urgentes. Le tri évite la dispersion.
  • Structurer une démarche de collecte de données qui serve plusieurs usages à la fois, un seul jeu de données bien construit peut alimenter différents référentiels sans tout refaire à zéro.
  • Anticiper la montée en exigence : les demandes d’empreinte carbone produit sont encore peu répandues en France, mais elles arrivent. S’y préparer maintenant, c’est éviter d’être en réaction dans 18 mois.

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Source :
  • Directive CSRD, révision Omnibus, Commission européenne, 2026
  • EcoVadis, données plateforme, 2025
  • ADEME / Association pour la transition Bas Carbone, Bilan Carbone® v9, 2025
  • Provigis, analyse CSRD et chaîne de valeur, 2026
Rédacteur : Johanna Bantman