11 juin, 2026

Assurance maritime et aérienne : comment sécuriser la Supply Chain dans un monde en crise

Depuis le début de l’année 2026, la Supply Chain mondiale subit une pression sans précédent. Les tensions géopolitiques, comme la crise actuelle dans le détroit d’Ormuz, les catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes et les cyberattaques ciblant les infrastructures logistiques ont fait bondir les coûts et les risques pour les entreprises. Selon une étude de BearingPoint, les conflits en mer Rouge ont provoqué une hausse de 40 % du coût du fret maritime entre Shanghai et Rotterdam, tandis que les primes d’assurance cargo ont augmenté de 3,9 % entre 2024 et 2025 pour atteindre des niveaux records en 2026.

Les chiffres sont éloquents : en 2025, 13 des 18 sinistres dépassant les 10 millions de dollars dans le transport maritime étaient liés à des incendies ou des avaries mécaniques.  

Dans le même temps, le marché mondial de l’assurance maritime a atteint 31,8 milliards de dollars en 2025, avec une croissance attendue de 2,91 % par an jusqu’en 2035, pour atteindre 42,36 milliards de dollars.

Le transport aérien n’est pas épargné. Les cyberattaques se multiplient, avec une hausse de 87 % des atteintes numériques enregistrées en France entre 2021 et 2025, selon la Gendarmerie nationale. En 2025, 1 366 cyberattaques ont été recensées par l’ANSSI, un niveau stable mais toujours élevé, avec des coûts moyens mondiaux estimés à 4,44 millions de dollars par violation.

Face à cette réalité, l’assurance ne peut plus être considérée comme une simple formalité administrative. Elle est devenue un investissement stratégique pour sécuriser les flux logistiques et garantir la résilience des entreprises.

Le marché de l’assurance maritime et aérienne est en ébullition. Les primes ont fortement augmenté ces dernières années, poussées par la multiplication des sinistres et l’aggravation des risques. Selon Verspieren, le marché français de l’assurance a atteint 283,3 milliards d’euros de cotisations en 2025, marquant une progression de 12,1 % par rapport à 2024.

Les assureurs, confrontés à des pertes historiques, durcissent leurs conditions. Les entreprises doivent désormais composer avec des contrats plus stricts, des franchises plus élevées et des exclusions de garantie pour les zones à haut risque, comme le Moyen-Orient, où les primes additionnelles explosent en 2026.

La transition écologique ajoute une couche de complexité supplémentaire. Les réglementations se multiplient, comme l’OMI 2030 pour le maritime ou le CORSIA pour l’aviation, imposant aux entreprises de réduire leurs émissions de CO2 sous peine de sanctions. En 2026, les compagnies maritimes devront acheter des quotas carbone correspondant à 70 % de leurs émissions de 2025, contre 40 % en 2025. Les assureurs commencent d’ailleurs à intégrer des critères environnementaux dans leurs tarifications, récompensant les entreprises les plus vertueuses.

Pour naviguer dans cet environnement incertain, les professionnels de la Supply Chain doivent adopter une approche proactive. Bien choisir ses contrats d’assurance est la première étape. Une couverture « tous risques » reste indispensable pour se protéger contre les dommages physiques, le vol ou les avaries, mais elle ne suffit plus. Il est désormais crucial d’intégrer des garanties spécifiques contre les risques de guerre, de terrorisme ou de cyberattaques, de plus en plus fréquents dans un monde interconnecté.

La prévention joue également un rôle clé. Auditer régulièrement ses partenaires, suivre en temps réel les marchandises grâce à des outils de tracking GPS, sécuriser ses systèmes informatiques et former ses équipes aux bonnes pratiques de manutention et de gestion des sinistres sont des mesures qui permettent de limiter les pertes et d’accélérer les indemnisations. Les entreprises qui investissent dans ces dispositifs bénéficient souvent de tarifs préférentiels de la part de leurs assureurs.

Enfin, la collaboration avec des experts est un atout majeur. Les courtiers spécialisés, les experts en sinistres et les organismes de certification peuvent aider les entreprises à négocier des contrats sur mesure, à optimiser leurs couvertures et à se conformer aux réglementations internationales. Leur expertise est précieuse pour éviter les pièges et anticiper les évolutions du marché.

Rédacteur : KABBAJ Badre