5 février, 2026

UE – Mercosur : 25 ans de combat, un an de chaos judiciaire

Après 25 ans de bras de fer diplomatique, l’Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) ont paraphé à Asunción un accord de libre-échange qui dessine un bloc commercial de 780 millions d’habitants et 25 % du PIB mondial.

Ursula von der Leyen et le président paraguayen Santiago Peña ont finalisé un accord commercial controversé entre l’Union européenne et le Mercosur, malgré la vive opposition des agriculteurs européens. Ce pacte prévoit la suppression de 91 % des droits de douane sur les produits européens exportés vers le Mercosur, et de 92 % dans l’autre sens. Cependant, un recours déposé devant la Cour de justice de l’UE (CJUE) pourrait suspendre le processus pour une durée de 12 à 18 mois.

Un feu vert sous tension : le 9 janvier, une majorité qualifiée au Conseil de l’UE a approuvé provisoirement l’accord, malgré le veto de la France, de l’Italie et de l’Irlande. Côté Mercosur, le Brésil et l’Uruguay ont déjà ratifié leur part, tandis que l’Argentine tarde à trancher au Parlement.

La France en première ligne pour défendre son agriculture : à Bruxelles, la France mène la fronde, craignant pour son secteur agricole. Les quotas limités à 99 000 tonnes de viande bovine (avec seulement 7,5 % de droits de douane) ne suffisent pas à rassurer face à une concurrence sud-américaine aux normes environnementales et sanitaires moins strictes. Pour apaiser les tensions, la Commission européenne a promis 45 milliards d’euros de paiements anticipés pour la PAC dès 2028, mais Paris juge cette enveloppe « insuffisante ».

Un coup de frein judiciaire : le Parlement européen a saisi la CJUE le 21 janvier (334 voix contre 324) pour vérifier la conformité de l’accord avec les traités européens. Cette procédure suspend l’application provisoire du texte. Si l’avis de la Cour est favorable (prévu mi-2027), les 27 parlements nationaux devront ratifier cet « accord mixte ». Dans le cas contraire, il faudra renégocier, notamment sur les questions agricoles et environnementales.

L’Allemagne pousse pour les avantages industriels (voitures, machines), tandis que la France et l’Italie exigent des garde-fous renforcés contre les importations agroalimentaires. Pour la France, l’accord pourrait booster ses exportations annuelles (vins, produits pharmaceutiques, luxe) de 5,56 milliards d’euros, avec un gain potentiel de 4 milliards grâce à la suppression des droits de douane. Mais le secteur agroalimentaire reste sur le qui-vive.

Un enjeu stratégique face aux tensions commerciales mondiales : dans un contexte marqué par les « tarifs Trump » et la montée en puissance de la Chine, cet accord vise à sécuriser les chaînes d’approvisionnement atlantiques. Reste à savoir si l’UE parviendra à concilier ambitions économiques et protection de son modèle agricole.

Rédacteur : Badre KABBAJ